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Fabrice Gagos aka Svart, humain contre son gré, français par défaut, gaucher contrariant, queer, végétarien et tatoué par choix...Malgré tout, je ne mange pas les bébés, et je n'ai presque jamais eu de relations sexuelles avec des animaux. Par contre je bois de la bière.
Gagne sa vie en faisant de l'art parce que tout le reste l'ennuie.

 

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 02:07

 

Ces derniers temps, si vous suivez un peu l’actualité du monde de la BD deux choses ont ramené la dédicace dans le débat :

L’annonce d’une réforme de la complémentaire retraite des auteurs,

Et l’annonce de la toute jeune convention Paris Comics Expo sur une nouvelle façon de concevoir la dédicace dans leur convention, justement.

 

Dés que l’on touche à la sacro-saint dédicace en France on a le droit à une levée de bouclier, souvent de la part des lecteurs qui malheureusement ne se posent que rarement la question du statut d’auteur tant qu’ils ont leur BD et leur gribouillis en temps et en heure, certains allant même juqu’à accuser les auteurs d’hypocrisie lorsqu'ils parlent de faire payer des commissions en festival, trouvant que les heures d’attente « méritent bien un dessin gratuit » (je m’abstiendrai de commenter hein, je vous laisse vous faire une idée). Mais aussi les auteurs qui, à force qu’on ne leur demande pas leur avis et par faiblesse aussi, ont développé une infaillible servitude volontaire, et donc, ne veulent decevoir personne. Ce qui contribue allégrement à ce que personne ne les respectent réellement… C’est pas grave! L’important c’est de signer chez les éditeurs et que le public soit content!

 

Je suis bien sur d’accord ni avec les uns ni avec les autres, et comme personne ne me demande mon avis, je vais le donner.

 

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Je pense que, comme bien souvent, le débat manque de transparence, alors je vais essayer d’être « clair ».

 

Tout d’abord il faut préciser les différents systèmes de fonctionnement des festivals :

Les plus répandus sont ceux qu’on appellera festival « bd » où, globalement, les auteurs sont invités. C'est à dire que leur déplacement, leur logement et leurs repas sont pris en charge (ouais un peu comme dans les séminaires d’entreprises ), un libraire commande les livres des auteurs et s’occupent de les vendre (ce qui implique donc d’être un auteur édité et dans les circuits de diffusion, ce qui est le cas de la majorité des auteurs BD, mais exclut souvent ceux qui s’auto-éditent pourtant de plus en plus nombreux). Pour les libraires même si ce n'est pas toujours un pari gagnant, ces (en moyenne deux jours de travail+ la préparation) sont des jours de vente sensé être bien meilleures que ceux à la boutique, bref théoriquement c'est un marché. Pour l'éditeur (qui ne fait souvent pas grand chose pour les festival, et se déplace rarement, ce sont des ventes en plus. L’auteur lui n’est pas payé par le festival pour son temps passé en dédicace, ni par l’éditeur (à part par les éventuels droits d’auteur générés par les ventes sur place et si les conditions sont remplies pour qu’il les touche, et je pense qu'il n'y a plus tellement besoin de rappeler comment ça marche.). On considère que ceci est de la « promotion » (ouais de la pub!) pour l’auteur.

Or, la promotion et la pub sont sensées être prises en charge par l’éditeur, mais c’est un autre débat.

La deuxième configuration, moins répandue, et donc moins connue, est ce qu’on appelera la « convention », c’est le schéma utilisé par les festival comme la Paris Comics Expo et Japan Expo par exemple. Le fonctionnement est calqué sur les festivals étrangers. Là c’est plus compliqué : il y a des auteurs invités et j’avoue ne pas savoir comment cela se passe pour eux. Mais j’imagine, vu qu’ils sont souvent étrangers, qu’ils sont pris en charge soit par le festival lui-même, soit par leur éditeur français soit par les deux. Les autres auteurs, eux, sont là en tant qu’exposant : bien souvent ils louent un stand, ou une table au sein d’un stand à un tarif fixé par la convention. S’il y a des conventions gratuites, la plupart font payer l’emplacement. Par exemple, à la PCE c’est 80 euro les deux jours, au feu le Comic Con c’était 180 euro les 4 jours (si je me rappelle bien) et je ne parle meme pas du prix d’un Stand Complet à Japan Expo (qui dépasse facilement les 1000 euro). Ces infos ne sont pas secrètes, elles sont présentes sur les sites des conventions.

Dans ces conventions les auteurs paient donc l’emplacement, le deplacement, le logement et la bouffe la plupart du temps (même s’il y a, sur Paris des associations comme la WIP AGENCY qui s’occupent de fournir un sandwich par jour quand c’est possible). Etre présent sur ce genre de festival est donc un pari pour les auteurs, surtout ceux qui ne sont pas sur place et encore plus pour ceux qui ne sont pas "connus".

Dans mon cas personnel, un we comme la paris comics expo représente un budget entre 200 et 300 euro (suivant les tarifs de trains dispo) un comme la comic con environ 400. J'arrive, en faisant une moyenne (car la fréquentation n'est pas régulière et va du "super cool, je suis une star" à "qu'est ce que je fous là?"), à amortir ces voyages

En contre partie, les auteurs sont souvent libres (pas tout le temps, la comic con avait des spécification assez débile là dessus) de vendre ce qu’ils veulent : leur livre, leur sketch book, leurs originaux, leur rein. Bref c’est un pari qui bien souvent à du mal a s’avérer payant, mais peut devenir effectivement rentable si on arrive à faire son trou.

 

Voilà pour le fonctionnement global. Dans un cas l’auteur ne débourse rien et ne gagne rien, et dans l’autre il paie tout et espère rentrer dans ses frais avant de parler pouvoir gagner de l’argent. Dans les deux cas c’est en moyenne 2 jours de travail d’une dizaine d’heures en moyenne (oui parce que même quand on a personne, c’est un travail, un peu comme ceux qui sont salariés dans un commerce mais n’ont pas de client, sauf qu’ils sont payés pour ce temps passé hors de chez eux.) et bien souvent plusieurs heures de trajets.

 

Biensur personne ne met le couteau sous la gorge des auteurs pour venir en festival, comme l'ont gentillement souligné plusieurs « fans » sur les réseaux sociaux. Ceux ci étant aussi les premiers à réclamer des dessins gratuits.

 

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Nan sans déconner, c'est vraiment

éprouvant les dédicaces

 

Bref voila pour le topo, et vous pensez peut être que je me suis éloigné du sujet, la dédicace. Mais cela me semblait bien de poser le décor.

 

La dédicace donc… qu’est ce que c’est ?

Voyons que ce notre copine rousse nous dit :

  • Hommage qu'un auteur fait de son œuvre à quelqu'un en la lui dédiant par une mention imprimée en tête du livre.

  • Formule qu'une personnalité (en particulier un artiste, un auteur) écrit sur une photo, un ouvrage qu'elle offre à des admirateurs.

  • Consécration d'un édifice destiné au culte ; fête annuelle en mémoire de la consécration d'une église.

Bon laissons de coté l'église.

Et aussi la dédicace imprimée (sinon on s'en sort pas).

Il nous reste donc la "formule qu'une personnalité écrit sur une photo ou un ouvrage qu'elle offre à des admirateurs"

Il n'est nullement précisé qu'il s'agit de quelque chose de personnel. En gros la dédicace est un p'tit grisgris qui valide la rencontre d'un auteur avec quelqu'un qui apprécie son travail (normalement, mais ça c'est, encore, un autre débat.

 

Or le public souhaite généralement des dessins, il ne se contentera pas d'un mot genre « à machin, merci », nan un dessinateur DOIT dessiner... sauf que dessiner c'est son métier. Même si vous attendez 5h pour votre plombier, il vous installera pas votre salle de bains gratos. Sauf dans certains films, mais on est d'accord qu'on veut pas en arriver là hein ?

Bref ce n'est pas une dédicace qu'il souhaite c'est un dessin. Et les auteurs, en France, ont prit l'habitude de le lui offrir.

 

Le hic déjà quand on y pense c'est, que l'on soit dans la configuration festi BD ou convention, le but de l'auteur qui se déplace (qui effectivement fait sa « promo » d'une certaine façon) est de toucher le public le plus large possible. Faire des dessins complexes prend du temps, et ce n'est pas forcément le meilleur moyen de toucher un large public.

Cela pose aussi le problème non négligeable, bien que certes non systématique, de la revente sur Ebay par exemple (mais j'en avais déjà parlé ici ,c'était un peu virulent, je le conçois, j'étais jeune... mais j'ai pas changé d'avis par contre).

Et cela pose aussi le problème de l'auteur qui s'est déplacé et bosse gratuitement.

 

Alors quoi ? Rendre la dédicace payante du coup ?

Nan, je ne pense pas, la simplifier par contre, oui. A sa plus simple expression, un p'tit mot, un gribouillis à la rigueur, un tampon et voilà. Après tout, ce qui compte c'est de rencontrer l'auteur et de papoter avec non ? Nan, je dis ça parce que ceux qui râlent après les auteurs parlent aussi de son coté dédaigneux de l'auteur s'il souhaite faire payer ses services à son public adoré qui, lui, ne souhaite que le rencontrer, des étoiles plein les yeux.

Et bien rencontrez le. Sans forcément lui demander de vous dessiner quelque chose.

 

Ou alors...passez lui une commande.

 

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Et on en vient au système de dédicace que je défends :

la dédicace telle que je viens de la décrire et la discussion restent gratuite. C'est une rencontre, on papote (ce qui n'arrive pas tout le temps lors d'une dédicace d'ailleurs... la timidité sûrement, mais dans ce cas quel est l'intérêt de rencontrer l'auteur ?) et c'est très bien comme ça.

Et pour ceux qui souhaitent absolument un dessin, ils demandent une commission à l'auteur, pour laquelle celui ci fixe ses tarifs (que le lecteurs est libre d'accepter ou non).

 

C'est le système utilisé à peu près partout dans le monde sauf en France, c'est que cela ne doit pas être si mal.

 

Alors, toujours pareil, on peut voir ici et là une partie du public toujours prêt à donner des leçons de morale à ses auteurs préférés (sic!), (surtout quand ils voient leur espoir d'avoir un tableau gratuit dans leur livre s'amenuiser) hurler à l'abus :

Les auteurs veulent nous piquer notre pognon ! Et les dérives ! Hein ! les dérives ? On y pense aux dérives ? comme les prix prohibitifs des commissions pour les pauvres lecteurs fauchés par exemple ?

 

Alors les auteurs ne souhaitent pas vous piquer votre pognon, ils souhaitent vivre de leur travail. Et s'ils peuvent le faire bien c'est encore mieux et c'est un droit.

Quant aux dérives, un auteur qui fixera un prix qu'il ne vaut pas, ne fera pas de commission, il n'aura donc aucun intérêt (sauf s'il veut limiter lesdites commissions, cela peut arriver aussi) à appliquer des prix exagérés.


Il n'y AUCUNE raison de faire un tableau dans un livre que vous aurez payé le prix...du livre comme tout le monde. Et d'ailleurs n'est ce pas cela l'important normalement ? Le livre, l'histoire, l'aventure ?

 

Je suis le premier à vouloir que la culture soit accessible à tous. Mais la dédicace n'est qu'une extension dispensable à un livre. C'est un plaisir, pas un besoin et ça ne changera pas le monde.

Je suis POUR que les livres aient un prix plus faible, que le numérique se répande, qu'on pirate mes bouquins pour qu'ils soient accessibles à ceux qui ne peuvent pas les payer.

Mais je suis CONTRE bosser gratos pour satisfaire le caprice d'un inconnu, surtout si celui ci ne se pose même pas la question de comment je bouffe.

 

 

Et pour ceux qui pleurnichent parce qu'il savent qu'ils ne pourront pas se permettre d'acheter un dessin de leur dessinateur préféré qui a une côte élevé (parce qu'il est connu et a du succès, bref une tête d'affiche quoi) parce qu'ils n'ont pas assez de sous (et qui hurlent au liberalisme des auteurs...au secours... j'ai vraiment tout lu ces dernières semaines) ben... Ouais c'est comme ça aussi la vie. Moi j'aimerais mettre des tableaux de Goya, Blake ou Bruegel dans mon bureau...mais j'ai pas les moyens. Et vous savez quoi ? Ce n'est pas grave !

 

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le dessin n'est pas un besoin vital. Et ne pas en avoir n’empêche pas de le rencontrer cet auteur favori, de lui dire qu'on aime ce qu'il fait, de lui serrer la pogne etc... Bref de passer un moment avec un humain qu'on apprécie et non pas forcément posséder un dessin d'une machine à dessiner.

 

Mais je pense que le public amateur de livre peut comprendre cela. Et, heureusement, il y a beaucoup de gens qui soutiennent le modèle proposé par la Paris Comics Expo.

Les sceptiques ne sont que des gens capricieux qui pensent que tout leur est du. Et vous savez quoi ? En tant qu'auteur, je pense qu'on peut s'en passer. En tout cas, moi je sais que je m'en passerai allégrement même si un jour j'ai la chance d'être un peu plus connu.

Et surtout, s'ils ont tant de mal à considérer les artistes comme autres choses que des voyous prêts a leur piquer leur pognon... je me demande bien pourquoi ils tiennent tant à les rencontrer... et surtout s'ils ne leur accordent ni leur confiance ni la reconnaissance du travail accompli comment veulent ils que les auteurs leur accordent la leur et qu'en plus ils bossent gratos avec le sourire?

 

Au pire.... choisissez mieux les artistes que vous rencontrez, selon des critères humains et pas seulement selon leur cote de popularité ou leur dessin, vous apprécierez la discussion au moins autant que le gribouillis. Ne vous comportez pas comme des consommateurs mais plutôt comme des lecteurs avertis, intéressez vous a l'humain derrière le crayon et tout se passera bien, les roublards, s'ils existent, disparaîtront pour laisser la place à ceux qui le méritent en tout point. Et c'est pas plus mal. Cela ne les empêchera même pas de continuer à faire des livres en plus (pour ceux qui se foutent de lire des livres fait par de gros cons).

 

 

Heureusement, j'ai globalement de la chance, le public qui s’intéresse à mon travail est souvent composé de gens qui s'interressent plus au projet, et à l'auteur qu'au beau dessin tape à l'oeil. Normal, je dessine mal (malin je suis, hein?). Mais du coup forcément il est plus restreint :). Et c'est pas grave, je plains les « stars » qui se coltinent du chasseur de dédicace à longueur de journées, car s'ils y en a des chouettes (j'en connais, et p'tet même qu'ils me lisent) il y en a vraiment peu qui s'interressent à autre chose qu'à leur petit cul (oui, cette phrase à plusieurs sens).

 

Bref, il est temps que ça change. Et la Paris Comics Expo l'a compris. Il va de soit que je les soutiens totalement à ce niveau là.

 

Venez, intéressez vous aux auteurs que vous ne connaissez pas, prenez le temps de parler, et surtout...arrêtez de croire qu'ils veulent vous exploiter. C'est ridicule.

 

Quand aux auteurs qui ont peur de choquer ou froisser ou... bref...sortez vous les doigts du cul!

 

Voila, je pense que je n'ai pas fait le tour, mais il est tard et je vais aller me coucher... Le débat n'est pas fermé.

 


Posez vous les bonnes questions et surtout...

 

Partagez ce que vous aimez.

 

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Published by Dr Gore - dans Blablabla
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